21ième congrès de la Fasti à Caen du 17 au 20 Mai 2007
40 ans après, quelle solidarité au quotidien ?

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Gérard Desbois, ancien Président de la Fasti et sociologue.

Invité à témoigner en tant que Président historique de la Fasti, Gérard Desbois a retracé le parcours qui l'avait mené à ce poste. « J'ai eu mon premier contact avec la Fasti au moment du Congrès de Nanterre, en septembre 1967. Je venais tout juste d'être embauché par le premier Comité de Liaison pour l'Alphabétisation et la Promotion (CLAP) et l'une des associations membre du CLAP était la Fasti. La création de cette fédération avait suscité un réel intérêt notamment grâce à sa dimension de « Solidarité avec ».

Gérard Desbois, ancien président de la Fasti

De 70 à 72, Gérard Desbois devient permanent à la Fasti avant d'être licencié. En mai 1973, il est élu au Bureau National en tant que membre de l'Asti du 5ème arrondissement de Paris. Et de 74 à 79, il a été élu Président de la Fasti.
« Et puis ajoute Gérard Desbois, c'était le premier mouvement qui se créait en banlieue et qui plus est spécifiquement sur les migrations. Ce qui était une vraie première.
En se positionnant ainsi, la Fasti resituait les migrations dans un contexte national et permettait de rouvrir la grille de lecture en réaffirmant que les émigrés avant d'être des émigrés sont des travailleurs et donc des partenaires privilégiés des syndicats ouvriers.
Dans les années 70, il y a eu une transformation majeure notamment avec les circulaires Fontanet-Marcellin qui stoppe l'immigration en 1974. Ce faisant, on est passé d'une immigration sauvage, spontanée à une immigration contrôlée et à la politique du retour. Il faut imaginer qu'avant, raconte Gérard Desbois, la douane française tamponnait des formulaires de certifiant l'entrée irrégulière et la liberté de circulation...
La Fasti s'est notamment impliquée en 72-73 contre les circulaires Fontanet-Marcellin puis en 75-76 contre le racisme, puis cela a été la lutte contre la politique du retour et parallèlement contre le décrets de 1939 qui limitait la liberté d'association des étrangers. »
« Et si en 69, la Fasti ne comptait qu'une trentaine d'Asti, les années 70 ont aussi été marquées par l'institutionnalisation du mouvement et le renforcement de son implantation nationale avec environ 160 Asti adhérentes (la moitié en région parisienne, l'autre moitié en province)
A la mi-70, le mouvement était plus mature et un quart des Asti est parti.
En 10 ans, se souvient Gérard Desbois, la Fasti a traversé deux crises financières graves, d'abord quand nous avons fait une enquête sur les réalisations du plan anti-bidonvilles lancé par Chaban-Delmas et que nous l'avons publié... Les subventions nous ont été coupées et la Fasti a licencié ses deux permanents (dont moi) puis en 1977 avec un nouvel arrêt des subventions.
1975 a marqué un autre tournant. Nous avons clarifié nos positions, remobiliser les militants et les immigrés. C'est d'ailleurs à ce moment là que la solidarité avec est devenue une réalité car d'une certaine manière, les immigrés ont enfin pris le pouvoir dans la Fasti. »

A la fin des années 70 et au début des années 80, Gérard Desbois a travaillé en tant que sociologue (un DEA chez Bourdieu) sur la question de l'émergence des porte-paroles dans l'émigration. Un travail universitaire qui rejoignait son engagement militant car souligne-t-il « la Fasti est un des premiers mouvements de banlieues. Créé par les franges inférieures de la classe moyenne qui se sont retrouvées pour investir l'espace public de la banlieue et prendre position face aux pouvoirs déjà installés. Il y a d'ailleurs un parallèle entre la naissance des Groupes d'Actions municipaux et la création de la Fasti. »