22ième congrès de la Fasti à Aix en provence du 21 au 24 Mai 2009

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Leurs Droits sont aussi nos Droits

Leurs Droits sont aussi nos Droits

Depuis le dernier congrès de la Fasti, la situation des personnes étrangères en France n’a cessé de se dégrader. C’est du reste le constat que l’on peut faire à chaque Congrès depuis 20 ans au moins !
Les différents ateliers qui vont se dérouler au cours du Congrès d’Aix en Provence ne manqueront pas de faire le point des aggravations et reculs successifs qui ne sont que la projection d’une philosophie dominante ; qui malgré les efforts pour présenter une façade respectable ne parvient plus à masquer son racisme d’État.
Tous les textes échafaudés depuis 20 ans en matière de Droit des Étranger·e·s ont fait primer des obligations administratives de plus en plus tracassières et contraignantes sur les Droits humains et la suspicion de fraude généralisée des personnes cherchant à « détourner les lois de la République ». L’invocation des Droits humains sans cesse affichée par les gouvernants ne l’est plus guère qu’à titre incantatoire. En fait, chaque nouvelle restriction apportée à l’exercice de ces Droits a vu se préciser les contours d’une société de plus en plus basée sur l’exclusion sociale.
Les exemples foisonnent. En voici quelques uns pour illustrer ces propos :
Tout d’abord, la liste d’emplois séparés réservés aux ressortissant·e·s européen·ne·s et de façon plus restrictive encore aux étranger·e·s extra-communautaires illustre de nouvelles formes de gestion économique, la déréglementation du travail, l’accroissement du travail temporaire et précaire et de la flexibilité. Sans papiers, étranger·e·s, sans-droit ou même pour reprendre l’affreuse terminologie « fin de droit », on voit bien que le nouvel ordre social accélère sa mise en place, sacrifiant des pans entiers de la population.
On pourrait analyser de la même manière les discriminations en matière de logement (quartiers réservés) ou en matière d’éducation (zones dites « d’éducation prioritaire »), etc...
Toutes ces politiques ont tendu, en vain, à masquer cette régression qui vise des catégories sociales, françaises ou étrangères. La·le riche Américain·e ou investisseur·e japonais·e ne sont évidemment pas concerné·e·s : ce ne sont pas des immigré·e·s...
Autre exemple, depuis des années les politiques n’ont eu de cesse de critiquer l’action de la justice. Ne pas avoir mesuré, hier, l’enjeu de principe de la remise en cause des droits de la défense dans les procédures dites « d’éloignements » des étranger·e·s (procédure d’urgence – tribunaux sociaux, « rétention ») ne nous amène-t-il pas, aujourd’hui à assister effaré·e·s et impuissant·e·s à la remise en cause du juge d’Instruction.

A-t-on mesuré, en son temps, les conséquences sur l’État de Droit de la mise en place de droits spéciaux appliqués aux étranger·e·s ?
Pour les Français·e·s confiant·e·s et naïf·ve·s que nous sommes encore souvent, les discriminations peuvent se faire plus tangibles comme celles du Droit au mariage appliquées aux prétendus couples mixtes français·e étranger·e si la seconde composante n’est pas en situation tout à fait régulière. Nos collectifs locaux fourmillent d’histoires où l’exercice d’un droit privé, fondamental, a été interdit, sacrifié à des politiques d’apartheid qui ne disent pas leur nom, souvent à des fins partisanes.
Même apartheid généré sur le plan mondial. Le pillage des richesses des pays du sud en particulier, renvoie aux murs, à la télésurveillance, aux barrages policiers et aux barbelés de toutes sortes qui hérissent nos frontières. Sans parler des désastres écologiques et autres qui à terme menacent l’espèce humaine... On pourrait multiplier les exemples.

Ces constats seraient de quelque utilité s’ils nous amenaient à la conviction que l’on ne peut pas dissocier la lutte pour les droits légitimes des migrant·e·s de l’action globale pour la promotion et la sauvegarde des Droits de Toutes et Tous, ici et là-bas. Cette action doit être poursuivie et intensifiée dans tous les lieux où il y a communautés d’intérêts ! Syndicats bien sûr, mais aussi tous les autres espaces de lutte sociale contre toutes les formes de repli identitaire ou sécuritaire. Ceci en lien avec les résistances menées dans les pays d’origine qui sont souvent d’anciennes colonies françaises et dans le respect des luttes autonomes de l’immigration.
A l’heure où la mondialisation des formes les plus sauvages d’un capitalisme aux abois se fait jour, les résistances ne peuvent être fondées que sur la prise de conscience qu’elles sont des résistances de communautés d’intérêts.

La solidarité ne peut plus être comme elle le fut longtemps fondée sur une seule attitude humanitaire, trop souvent entachée de condescendance ou de compassion quand il ne s’agissait pas parfois même de vieux réflexes de notre ancienne domination coloniale.
Alors ? Ensemble !
Oui mais pas seulement pour le Droit des migrant·e·s :
Leurs Droits sont nos Droits. Et ils sont ceux de tous les êtres humains

Odile SCHWERTZ-FAVRAT
présidente de la Fasti-Valence