Donne-moi ton adresse et je te dirai
où tu ne peux pas habiter
Le logement en foyers est avant tout l’expression de la ségrégation dont les travailleur·euse·s étranger·e·s font l’objet ».
Tous les arguments sont bons pour écarter les habitant·e·s des foyers de travailleur·e·euse·s migrant·e·s (ADOMA ex-SONACOTRA, ADEF, AFTAM,...) de la vie de la Cité. En plus de la précarité de leur logement (délabrement des bâtiments, promiscuité, concentration de personnes en difficulté,...), les résident·e·s des foyers de travailleur·e·euse·s migrant·e·s (FTM) doivent très souvent faire face à de nombreux obstacles dans leur vie quotidienne : difficulté d’accès aux services d’aide à domicile, difficulté pour s’inscrire sur les listes électorales, difficulté de relogement,... C’est sur ce dernier point que l’Asti des Ulis veut
particulièrement attirer l’attention.
Les résident·e·s des FTM ont de tout temps fait partie des « oublié·e·s » en ce qui concerne les accès aux droits et, avec la crise du logement, leur exclusion ne fait que se renforcer. De plus, la méconnaissance de cette population et les préjugés tenaces dont elle est victime l’écarte toujours un peu plus du reste de la société.
Ainsi, ces résident·e·s de FTM, considéré·e·s apparemment comme « citoyen·ne·s de seconde zone », voient notamment leurs dossiers de demande de logement traités différemment de ceux de leurs propres voisin·e·s de quartier. À l’heure où le Droit au logement est devenu opposable, il est grand temps de rompre avec cette injustice flagrante ! En effet, quelles que soient leur situation familiale, leur situation financière, leur ancienneté dans la commune, (etc), leurs dossiers de demande de logement sont systématiquement enregistrés uniquement au niveau de la Préfecture et ils·elles ne peuvent jamais prétendre à bénéficier d’un logement sur le contingent de la Ville. En plus clair : un·e habitant·e lambda qui réside dans une commune X depuis 5 ans verra sa demande de logement traitée à la fois par la Mairie et la Préfecture, qui sont à elles deux souvent réservataires d’au moins 50% des appartements du parc HLM de la commune, tandis qu’un·e résident·e· du foyer de la même commune X depuis 23 ans ne sera pris en compte que sur le contingent Préfecture, ce qui diminue ses opportunités de propositions d’à peu près 40% (la Ville étant souvent réservataire à 20%).
Dans la ville des Ulis où l’Asti intervient depuis sa création, nous avons mené une enquête auprès des résident·e·s du foyer ADOMA. Nombre d’entre eux·elles ont déposé des demandes de logement depuis plusieurs années sans jamais avoir eu de proposition de relogement.
Certain·e·s vivent sur le territoire de la commune bien avant la création même de la Ville et donc avant même leurs voisin·e·s Ulissien·ne·s, puisque le foyer fut construit en 1971, sur un emplacement qui appartenait alors à la ville de Bures-sur-Yvette, et que la ville des Ulis ne fut créée qu’en 1978. Ces résident·e·s remplissent pour la plupart les conditions d’attribution de logement mais la Mairie des Ulis leur refuse systématiquement le relogement pour le simple fait qu’ils·elles· habitent le foyer, ce qui, aux yeux de notre Asti, constitue à la fois une illégalité et une discrimination évidente.
Autant que quiconque, voir davantage au vu des conditions souvent déplorables de logement dans les FTM, ces résident·e·s doivent pouvoir prétendre à un relogement dans le parc social de droit commun, y compris dans la commune où ils·elles vivent déjà. La crise du logement ne doit pas justifier de pré-sélectionner les candidat·e·s au logement. Réclamons les mêmes droits pour toutes et tous !
Florence DAHIREL et Soulé N’Gaide
ASTI des Ulis