22ième congrès de la Fasti à Aix en provence du 21 au 24 Mai 2009

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De la question... des rapports Nord/Sud

De la question... des rapports Nord/Sud

La question des inégalités entre pays riches et pays dits « pauvres » regroupée dans la terminologie des Rapports Nord / Sud devient aujourd’hui un enjeu essentiel pour la question des migrations. En effet bien avant d’être un·e immigré·e, les migrant·e·s sont des émigrant·e·s. Et ceci le gouvernement l’a fort bien compris en développant au sein de son Ministère de l’immigration la question du « co-développement » devenu « développement solidaire ». Le gouvernement veut grâce à ce ministère de la Colonisation, porter la bataille contre l’immigration sur le champs des pays de départ et de transit par le biais de la question du développement de ces pays.
Il est ainsi essentiel de lutter contre les idées reçues concernant ces rapports entre migrations et développement tout en soulignant les liens évidents mais peu mis en lumière entre ces notions. La Fasti ne doit pas non plus s’engager « tête baissée » dans des projets qui excluent trop souvent les premièr·e·s concerné·e·s quand ils ne cherchent pas à reproduire des modèles occidentaux et notamment un modèle de développement aux conséquences catastrophiques (comme on le voit de plus en plus aujourd’hui). Pour ce faire nous devons plus que jamais opposer au développement solidaire et ethnocentrique encouragé par l’État ou par des mécènes inconscient·e·s; un développement endogène et autocentré autrement dit par et pour les peuples ! Il faut plus que jamais rappeler que la misère et la souffrance des peuples ne sont pas inéluctables elles sont issues de rapports inégalitaires d’injustices et de conflits entretenus par un système et un modèle de développement destructeurs tant sur le plan social et économique qu’environnemental...

I) Rompre avec les idées reçues

Qui sont celles et ceux qui partent rejoindre l’Europe ? Ce ne sont pas forcément les plus miséreux·ses qui partent et gagnent l’Europe. En effet, le durcissement des législations et la militarisation des frontières européennes et plus globalement des frontières des pays riches ne laissent plus beaucoup d’alternatives au plus miséreux·ses des migrant·e·s. De plus, la plupart des réfugié·e·s ne souhaitent pas s’éloigner de leur pays d’origine car migrant·e·s par la contrainte ils·elles souhaitent bien souvent se réinstaller dans leur pays originel (tel les réfugié·e·s palestinien·ne·s installé·e·s au Liban ou en Syrie ou encore les réfugié·e·s afghan·ne·s installé·e·s au Pakistan). La question se posera d’une tout autre manière avec des réfugié·e·s environementaux·les pour qui le retour semble plus compromis et qui posera de fait de nouveaux défis.
La plupart de celles et ceux qui rejoignent l’Europe ont des moyens tant financiers qu’intellectuels et culturels. En effet, la barrière du coût de transports ne laisse que peu de place aux migrant·e·s fuyant la misère dont le voyage s’achève trop souvent dans les eaux de la Méditerranée ou de l’Atlantique. La politique d’immigration choisie a favorisé aussi l’immigration de migrant·e·s hautement qualifié·e·s et instruit·e·s qui restent les seul·e·s « accepté·e·s » dorénavant au sein de l’UE.
Après le pillage économique et écologique, nous sommes donc à l’heure du retour du pillage humain. L’organisation du système de la dette du tiers monde a permis d’assurer des rentes et des revenus régulier aux bailleurs de fonds du Nord. Le pillage financier et économique pouvait ainsi commencer. Ce système de dépendance des pays dits pauvres à l’égard des pays dits riches a permis à ces derniers dans une vision tout à fait ethnocentriste, héritage du passé coloniale des puissances économiques, d’imposer des politiques néolibérales avec leur cortège de libéralisation aux conséquences dramatiques pour les populations (les Objectifs du Millénaire pour le Développement décrétés par l’Onu, qui devaient être remplis dans leur première phase en 2005 - l’objectif de l’accès à l’éducation pour toutes et tous ne le sera pas avant 2050 !!!). Cette dépendance consécutive aux dépendances coloniales (il n’y a pas eu véritablement rupture avec le mouvement de colonisation sauf cas très exceptionnel) a permis la poursuite de l’exploitation des ressources et matières premières nécessaires au modèle de développement adopté par les pays riches (pétrole, cobalt,uranium, ...). On a ainsi coutume de dire que l’Afrique est victime de ses richesses car si l’on se place sous l’angle des ressources et des matières premières le continent africain et les pays qui s’y trouvent sont les plus riches du monde !
La dernière phase enclenchée par les politiques d’immigration choisie revient à l’organisation des pillages de la matière grise et à l’exploitation d’un salariat, taillable et corvéable à merci, prisonnier des législations xénophobes européennes. En effet, les objectifs de l’immigration choisie à la Sarkozy sont de capter des travailleur·euse·s et migrant·e·s hautement qualifié·e·s et instruit·e·s. Les privilèges accordés aux migrant·e·s scientifiques, la mise en place de la carte « compétence et talent » ou encore l’autorisation de séjour accordée à l’étudiant·e en fin de cycle de master pour trouver un emploi en « adéquation » avec sa formation, la liste des métiers « ouverts » à la régularisation en France, met en relief les intentions des gouvernants. Il s’agit d’organiser le pillage de la matière grise du Sud afin de stimuler et de rendre compétitif « notre matière grise ». Il s’agit dès lors de recruter des médecins ou des informaticien·ne·s...
L’Europe et la France à la démographie déclinante montrent ainsi leur besoin de main-d’œuvre croissant, estimé par l’OCDE à quelques 80 millions en 2050. Une main d’œuvre dont elles disposent en partie et qu’elles souhaitent voir se précariser afin d’assurer des métiers peu qualifiés mais du coup peut coûteux en terme salarial; d’où la mise en place de ce que l’on appelle le phénomène de « délocalisation sur place ».
Le système d’exploitation de la main d’œuvre des États tiers se trouve ainsi bien rôdé et divisé en deux catégories une captation et un pillage organisé d’une main d’œuvre hautement qualifiée que l’on souhaite plus docile et « flexible » et de l’autre une main d’œuvre maintenue dans une extrême précarité et souvent en situation irrégulière permettant de faire fonctionner à moindre coût certains pans des économies capitalistes (à l’image du prêt-a-porter ou plus flagrant encore à l’image de l’agriculture comme dans les Bouches-du-Rhône ou en Andalousie). Ainsi , les victimes des politiques agricoles imposées aux pays du Sud par le Nord et contraintes à l’émigration se retrouvent en partie acteur·trice·s des politiques qui les avaient chassées : exemple le cas des travailleur·euse·s saisonnier·e·s...
Les migrations internationales ne sont pas une cause des crises mais bien une conséquence visible des effets dévastateurs du système néolibéral et du capitalisme financier.
À titre d’exemple les passeurs de migrant·e·s venu·e·s du Sénégal et qui s’adonnent à leur funeste trafic vers les Canaries ou l’Europe sont devenus passeurs du fait de politiques décidées de manière multilatérales aux conséquences catastrophiques. Qui se souvient encore que ces passeurs n’étaient rien d’autre que des pêcheurs ? Oui mais voilà, en 2006, quand les tentatives de passage ont littéralement « explosé » entre Sénégal et Canaries ou entre Mauritanie et Canaries, le Sénégal et la Mauritanie avaient quelques mois plus tôt été contraints de vendre leurs concessions de pêche aux flottes industrialisées de l’UE. Ainsi, le poisson que l’on trouve sur les étals des grandes surfaces européennes est bien souvent originaire des eaux sénégalaises ou mauritaniennes. Que dire du coup de cette mise en concurrence entre une pêche artisanale et une pêche industrielle ? Quel autre choix pour les pêcheurs que celui de se rabattre sur un autre gagne pain avec la mer comme
support ? Et qui embarquent-ils ces pêcheurs ? De plus en plus de femmes qui pour la plupart occupaient des emplois en lien avec l’activité des pêcheurs (traitement, conditionnement et vente des produits de la pêche...). Inutile de revenir sur la dernière dimension catastrophique du bradage de cette concession de pêche : le pillage des fonds marins qui paradoxalement a poussé cette même flotte européenne à descendre toujours plus au Sud.
Voici un exemple des conséquences des politiques européennes, et en général des pays riches vis à vis de leur « périphérie » véritablement pillé de ces ressources et matière première avec en dernier lieu le pillage de la « matière grise » qu’organise l’immigration choisie à la française devenue modèle européen « grâce » au Pacte européen ratifié à l’automne dernier en octobre 2008.

Le développement ne réduira pas les flux migratoires !

Contrairement à une idée trop répandue et devenue aujourd’hui politique par le biais du développement solidaire promu par le Ministère de la Colonisation; le développement ne réglera pas la question migratoire et n’empêchera pas les gens de partir, bien au contraire. S’il apparaît indéniable de lutter pour une « émigration choisie », il faut bien se rendre compte qu’à l’image de nos pays, le développement ne fera qu’amplifier le phénomène migratoire pour les populations. En effet, l’accès à un certain niveau de vie rend ainsi les moyens de transports beaucoup plus accessibles et réduit de ce fait les notions de distance et de temps, provoquant une mobilité accrue des populations ( aujourd’hui en Europe le nombre d’étudiant·e·s parti·e·s étudier à l’étranger par exemple a plus qu’explosé grâce au système d’aides mais aussi à la réduction des coûts de transport consécutive au développement et niveau de vie de nos pays).
Alors, de ce fait, on est en droit de s’interroger sur les intentions réelles en matière de développement promu par le Ministère de la Colonisation. Quel est ce développement qui serait à deux vitesses dont la vocation ultime serait liberticide, car s’attaquant aux droits fondamentaux, et où la majeure partie de l’Humanité devrait rester chez elle du fait même de ses origines ? Pourquoi promouvoir le développement comme liberticide ou « droit de l’Hommicide » si ce n’est justement pour ne pas apporter et souhaiter de développement. Le système capitaliste à tout intérêt à maintenir une périphérie pauvre pour assurer le profit et la richesse d’une minorité.

II) Rompre avec la vision ethnocentriste et utilitariste du développement

Cette vision utilitariste du développement promue aujourd’hui par les colons des pays riches n’a qu’un objectif : maintenir la majorité des États de la planète dans un état de dépendance afin d’assurer la richesse et la puissance d’une minorité. Le phénomène migratoire international n’est bien souvent qu’une conséquence, le reflet des drames qu’engendrent ces idéologies.

Les transferts financiers comme vecteurs de dépendance et d’enrichissement

L’utilisation des transferts financiers, que l’on appelle communément co-développement, devient un support ou une courroie de transmission d’un modèle de développement « humanicide » (détruisant les Droits fondamentaux). À l’instar de l’arme que représente la Dette, la France et désormais l’Europe tentent de capter les transferts de fonds des migrants vers leur pays d’origine (et qui représente pas moins de trois fois l’Aide Publique au Développement), elles souhaitent utiliser ces fonds comme outils pour l’imposition de leur vision du développement. Le livret d’Épargne de « co-développement » ou dorénavant de Développement Solidaire doit ainsi servir à financer des projets définis dans des cadres bien précis - la plupart du temps à vocation commerciale, entreprenariale ou financière (CF texte de loi relatif à la maîtrise de l’immigration de novembre 2007).
Ces captations représenteraient également une manne financière colossale notamment pour la société qui détient aujourd’hui un quasi monopole mondial sur les transferts de fonds : Western Union qui prélève ainsi jusqu’à 15% des sommes transférées (en tout 15% des 300 milliards de dollars expédiés par les migrants en 2006, alors que l’Aide Publique des pays riches ne représente que 100 milliards; somme qu’il faut bien évidemment comparer, si l’on souhaite parler de développement, au coût de la dette et notamment le service de la dette (remboursement de l’emprunt) qui représente chaque année entre 400et 500 milliards de dollars).

III ) Condamner toute forme d’impérialisme et d’interventionnisme telle que la Françafrique.

Une condamnation légitime au nom du bon sens. En effet, ces impérialismes ont des cibles et des buts multiples mais le principal restant la mise en place de politiques libérales et de système d’économies capitalistes au mépris des peuples et de toute autre forme d’expression démocratique. Si aujourd’hui beaucoup de pays se trouvent sous le joug de gouvernements autocratiques et dictatoriaux c’est que la plupart du temps ils bénéficient de soutien des pays occidentaux qui y voient de bons alliés et des sources sûres de matières premières pour leur pillage planifié. Ainsi combien de régimes dictatoriaux ont été financés et ont financé leur répression avec les subsides versés soit par les États soit par les Institutions Financières Internationales (Banque Mondiale et FMI). Le Rwanda s’est vu ainsi accorder un prêt de plusieurs millions de dollars en 1993 qui a servi ensuite à l’achat de milliers de machettes sous couverts d’un discours officiel auprès des bailleurs illustrant une volonté de déboisement...
Comment laisser ainsi sciemment nos gouvernants soutenir la répression (comme à Gafsa en Tunisie) et des gouvernements créant chaque année des milliers de persécuté·e·s et de réfugié·e·s ?

Une condamnation légitime au nom de la sauvegarde du Droit d’asile

Comment concevoir ainsi que nos États puissent apporter leur soutien à des régimes autocratiques et dictatoriaux (soutien allant même jusqu’à la publication d’une liste farfelue de pays « sûrs » sur laquelle on retrouve assurément pour reprendre une expression françafricaine tout à fait gaulienne, « Les vieux amis de la France ») alors que nos pays se revendiquent comme une terre d’asile et d’accueil pour les réfugié·e·s ?

IV) La necessité d’établir des liens forts avec les associations de solidarité internationale

L’internationalisation de la question migratoire et des politiques qui en découlent nous poussent à tisser des liens de plus en plus importants avec d’autres associations écologistes ou de solidarité internationale.
Ainsi la perception du développement conçu par les gouvernants à travers la question du développement solidaire, est agitée comme la solution aux départs de migrant·e·s. Comme si le développement des pays pauvres devaient se traduire par un renoncement à leurs libertés et droits fondamentaux. De plus, il est imbécile de croire que des sociétés dont les moyens de subsistances augmenteraient se sédentariseraient; l’effet serait inverse car la baisse du coût de moyens de transport des personnes ont toujours favorisé les phénomènes de déplacement.
L’implication des gouvernants dans la question du développement mise en lien direct avec la question migratoire a des conséquences d’une extrême dangerosité. En effet, la volonté affichée de faire des acteurs·trices de la Solidarité Internationale des émissaires ou des agents au service d’un Ministère de la « Colonisation » et des politiques racistes et xénophobes. Face aux drames qui se multiplient du fait de la fermeture des frontières, nombreux sont celles et ceux qui souhaitent agir pour que les gens ne partent plus et n’agissent pas ou plus contre ces politiques criminelles de fermeture des frontières ou de pillages organisés des pays d’émigration. La stratégie contre laquelle nous devrons mettre en garde tient en l’utilisation de l’émotion suscitée par les drames pour établir des agents (volontaires ou non) aux services de ces lois liberticides et xénophobes.

Thibaut Lemière
Président de la Fasti-Caen