De la manière de tisser un lien pérenne entre professionnel-le-s du Droit et Monde Associatif
dans le cadre de la lutte solidaire
aux côtés des personnes sans-papier
Le GASProm a commencé à tisser des liens avec les professionnel·le·s du Droit, les avocat-e-s dans les années 70. A la fin des années 70, nous nous sommes de nouveau battu·e·s sur le terrain du Droit lorsque les premiers jeunes, dits de la « deuxième génération », ont été expulsés dans le cadre des Lois Bonnet-Stoléru. À ce moment là, nous avons repris la lutte contre les expulsions en mettant en place avec d’autres acteur·trice·s du monde associatif et militant·e·s nantais·es un collectif : le Collectif Immigration. Et dès cette époque-là, nous avons travaillé avec des avocats – ils étaient alors deux – à la fois proches de la ligne politique que nous défendions à l’Asti et aussi proche de l’organisation.
C’est donc en nous appuyant sur ces éléments : des avocat·e·s, un collectif uni autour d’un même objectif où chacune des organisations mettaient de côté ses divergences politiques au profit de la seule action concrète que nous avons pu lancer cette dynamique qui se poursuit aujourd’hui.
Le Collectif Immigration a changé de nom à plusieurs reprises mais nous y avons toujours lutté aux côtés du même noyau d’organisations comme la LDH ou encore le MRAP. Il est important de noter aussi que nous avons été accompagné par des organisations syndicales.
Dans les années 80, le GASProm-Asti de Nantes a grossi et dépassé les 150 adhérents·e·s. Parallèlement, nous avons continué de cheminer aux côtés des avocat·e·s. Et il faut souligner ici que le fait d’avoir côtoyé, travaillé avec des avocat·e·s qui soient non seulement proches des idées que nous défendons mais aussi de l’organisation GASProm nous a toujours permis de maintenir une certaine dynamique mais également une certaine technicité dans nos permanences juridiques.
De plus, il est tellement fréquent et facile de s’en prendre aux autres dans des périodes de recul : les
avocat·e·s critiquant les associatifs pour leur incompétence et les militant·e·s critiquant les avocat·e·s pour leur vénalité. C’est en maintenant ce lien avec des avocat·e·s qui réfléchissaient à la fois en tant que militant·e·s et qu’avocat·e·s que nous avons toujours pu éviter les crises qui auraient mis un terme à cette dynamique d’action commune.
Quitte à me répéter, je souligne que le travail en Collectif – aujourd’hui UCIJ – comme la collaboration avec des avocat·e·s est une construction permanente. Une volonté consciente du GASProm. Il y a eu de nombreux débats entre militant·e·s associatifs mais au terme de ces discussions, nous avons toujours donné la priorité à l’unité d’action.
Durant une dizaine d’années, les professionnel·le·s du Droit, qui pour certain·e·s étaient membres du GASProm participaient aux Commissions juridiques mensuelles. Mais comme nous ne débattions pas que de questions juridiques – de nombreux points concernant la vie interne du GASProm étaient aussi abordés avec des débats parfois houleux, nous étions arrivé·e·s à une des limites du système. Aussi depuis quinze ans maintenant, nous avons mis en place une réunion mensuelle spécifique entre la Commission Juridique et les professionnel·le·s du Droit. Ces réunions, dégagées des scories organisationnelles – nous permettent de remplir trois objectifs. D’abord répondre aux questions juridiques soulevées lors des permanences afin de mieux venir en aide aux migrant·e·s qui poussent la porte de notre local rue Fouré. Ensuite se concerter sur des initiatives communes entre professionnel·le·s et militant·e·s. Ainsi nous nous « partageons la tâche » quant à savoir si ce sont les avocat·e·s qui interpelleront en interne un·e Procureur·e sur sa pratique ou si ce sera le Collectif qui devra mettre la question sur la place publique, par exemple. Enfin, nous profitons de ces réunions pour échanger nos appréciations sur les décrets à venir, les projets de loi afin d’anticiper sur les prochaines luttes à mener.
Au fur et à mesure, nous avons ouvert ces réunions à nos partenaires du Collectif. Et il ne viendrait plus à l’esprit de personne de dire « cette réunion n’est ouverte qu’aux membres du GASProm ». D’ailleurs, ce ne sont plus des avocat·e·s qui viennent en leur nom c’est désormais la Commission droit des Étrangers du Barreau de Nantes qui vient. Aujourd’hui, nous en sommes à la quatrième génération d’avocat·e·s qui travaillent avec nous.
Il faut d’ailleurs souligner que les formations que nous organisons en binôme chaque année avec les avocat·e·s sont validées par le Barreau comme des temps de formation pour les apprenti·e·s avocat·e·s. Cela permet de montrer tant aux professionnel·le·s du Droit qu’aux militant·e·s que le travail est fait en commun.
Si je dois tirer un enseignement de ces presque trente années de travail et de luttes au sein du Collectif et avec des professionnel·le·s du Droit c’est qu’il faut toujours laisser le débat idéologique à l’arrière-plan. Seule la question de la réalité doit se poser : quelles attaques subissent les personnes dont nous sommes solidaires ? Quelles ripostes pourrons-nous opposer au pouvoir en place ? Aussi faut-il, à mon sens, toujours partir des problèmes rencontrés, par exemple lors d’une permanence d’accueil, pour chercher à tisser des liens tant avec d’autres associatifs, sans présupposé idéologique, qu’avec des professionnel·le·s. Il faut chercher à être un moteur pour atteindre une masse critique qui vous permette de faire de votre Asti une organisation qui vive de manière autonome et ne soit pas tributaire de la présence de tel·le ou tel·le militant·e...
Pierre jourdain
Asti de Nantes
Cette contribution a été recueillie et mise en forme par Simon Mazurelle