Combattons l’Europe-forteresse
Pourquoi Forteresse ? Parce qu’à l’image d’une forteresse elle se replie sur elle-même derrière ses frontières érigées en muraille en cas de crises ou de conflits mais ne cesse d’assurer domination et pillage organisé à son profit par quelques voies et portes bien gardées...
Elle maintient, telles les forteresses féodales sa périphérie, dans une dépendance et une précarité qui lui sont nécessaires pour assoir son pouvoir et des rentes/tributs et revenus réguliers. Et lorsqu’elle se sent en péril ou qu’elle juge nécessaire de mettre les sociétés qui la composent dans un climat de peur propice au repli sur soi et à la propagation des idéaux racistes et xénophobes destinés à faire usage du vieil adage romain « divisé pour mieux régner », l’Europe militarise ses frontières en accentuant les contrôles et politiques de co-gestion ou de gestion concerté de ses frontières avec des pays tiers et elle se dote d’appareils répressifs aux pouvoirs de plus en plus étendus.
Les cycles européens mis en place autour de la question migratoire depuis les années 90 (avec en premier lieu les Conventions Dublin) illustrent bien cette stratégie d’Europe-Forteresse.
En effet parallèlement à la mise en place de ces différents arsenaux législatifs, l’OCDE reconnait le besoin croissant de main-d’œuvre de l’Union Européenne prévu à plus de 80 millions de travailleur·euse·s migrant·e·s « nécessaires » à l’économie de marché de l’UE d’ici 2050.
L’adoption du pacte européen en octobre dernier à Paris et qui reprend la politique française d’immigration choisie finalise cette stratégie d’Europe forteresse basée sur un principe d’attraction (d’une main d’œuvre hautement qualifiée = immigration choisie) et de répulsion (création en 2004 de l’Agence Frontex, Directive Retour, Accords de réadmission...).
Aujourd’hui plus que jamais la Fasti, face à cette internationalisation de l’exploitation – répression des migrant·e·s, se doit de développer des réseaux européens et internationaux de
mobilisations, de résistances et de luttes. La mutation de l’Europe en Europe-Forteresse et l’adoption par cette dernière du modèle français d’immigration est le signal de cette nécessaire transformation dans nos pratiques militantes, qui passe notamment par le renforcement de notre travail en réseau avec l’international.
Thibaut Lemière
Président de la FAsti-Caen